Habitat partagé : 35 ans chez soi, ensemble (St Nazaire)

Habitat partagé : 35 ans chez soi, ensemble

Depuis 35 ans, un immeuble de la Trébale vit l’habitat participatif. Rencontre avec ces Nazairiens, pionniers d’un concept très en vogue aujourd’hui.

21/03/2016 à 17:04 par cathyryo

Christian James, Martine Jaboeuf et René Frémondière vivent depuis 35 ans dans cette résidence d'habitat partagé
Christian James, Martine Jaboeuf et René Frémondière vivent depuis 35 ans dans cette résidence d’habitat partagé

On est très sollicités pour des visites, ça n’arrête pas, c’est parfois un peu fatiguant ,

sourit René Frémondière qui, avec Christian James et Martine Jaboeuf, nous ont ouvert la porte de la Bosse. 35 ans qu’ils vivent  ”l’habitat groupé autogéré “.

Cinq des neuf familles qui se sont installées en 1981 allée des Lierres, sont encore présentes à la Bosse, nom de cette résidence atypique.

Alors forcément, une telle expérience suscite l’intérêt de ceux qui veulent se lancer. Et ils sont de plus en plus nombreux (lire ci dessous).

Des pionniers de gauche et écolos

Les Nazairiens font figure de pionniers. À la fin des années 70, seuls six habitats participatifs sont recensés en France. L’époque est plutôt au pavillon et à l’appartement individuels. Le souci environnemental n’est pas à l’ordre du jour. Pourtant, quelques trentenaires, bercés par les idées d’autogestion de 68, pétris d’écologie, s’interrogent sur une autre manière d’habiter.

On ne se connaissait pas tous mais on avait la même sensibilité politique, plutôt gauche écolo.

« Il fallait tout créer »

Le petit groupe sollicite l’architecte nazairien Christian Cochy pour imaginer un collectif alliant logements et espaces communs, le tout dans une enveloppe financière« acceptable » et dans l’esprit de ce que l’on appelle aujourd’hui le développement durable.

Recueillir les desiderata de chacun pour son appartement, définir les lieux partagés, intégrer la dimension écologique, décider du modèle juridique, du règlement, trouver le terrain, convaincre les banques, les discussions ont duré plus d’un an avant qu’en 1981, les neuf familles aménagent.

De la laverie à la cave

L’immeuble a poussé sur un terrain de 4100 m2 entre la Trébale et la Bouletterie, au lieu-dit la Bosse. Les logements sont en duplex ou triplex, 30 % de la surface total est réservé aux espaces communs : le parc, une salle festive, un espace jeux pour les enfants, une laverie, un atelier bricolage, une cave, un labo photo, un lieu TV. Seuls les deux derniers ont disparu.

Le collectif a été conçu en mode bioclimatique. Pas courant à l’époque. Appartements exposés au sud, coursives au nord, servant de tampon thermique. L’isolation phonique a aussi été pensée.

Le tout pour un coût proche du prix au m2 d’un HLM.

Il faut dire qu’on s’est réservé pas mal de finitions,voire de gros travaux. On était jeunes, on ne se rendait pas compte

« On s’engueule aussi »

« On a appris à vivre ensemble tout en respectant la vie de chacun. Ici on peut compter sur son voisin. On n’est jamais seul. Il y a de la chaleur humaine » »,

témoigne Christian James.

C’est une philosophie, un sens du partage, de l’entraide et de la bonne volonté pour l’entretien,

ajoute Martine Jaboeuf.

Anniversaire, réveillons, travaux, tout est prétexte à la rencontre et à la fête.

On s’engueule aussi,

reconnaît René Frémondière. Toutes les décisions sur les parties communes sont prises ensemble. À la tête de la copropriété, un binôme homme-femme, renouvelé tous les deux ans.

2016 verra les 35 ans de la Bosse. Plus de la moitié des résidents y vit encore. Les autres sont partis « jamais fâchés mais pour des raisons professionnelles ou personnelles ». Les nouveaux ont adopté l’esprit des lieux

Et si c’était à refaire ? « on serait partants », clament en chœur Martine, Christian et René.

Cathy Ryo

♦ Des Nazairiens se lancent. Au Moulin du pé (sur l’ancien hôpital) en maisons individuelles ou à Sautron en collectif des Nazairiens travaillent sur des projets d’habitat partagé. Ils recherchent d’autres personnes également intéressées. Les contacts : christine.damain@gmail.com, nelfouch@wanadoo.fr